La santé au travail, un enjeu stratégique pour les entreprises : le podcast
Publié le Mis à jour le 09/06/2026 |
Le 2 avril, le pôle Travail de la DREETS PACA a organisé une conférence dédiée à un enjeu crucial pour le monde professionnel : la santé au travail. À cette occasion, les auteurs Emmanuelle Wurtz et Hervé Lanouzière ont présenté leur ouvrage récemment publié aux éditions Economica, « La santé au travail. Droit et pratique », une référence pour tous les acteurs impliqués dans la prévention des risques professionnels.
Obligation de sécurité des employeurs
Cet ouvrage explore la question sous un prisme juridique, méthodologique et pratique, en rappelant que l’obligation de sécurité des employeurs impose une politique de prévention efficace. Les auteurs analysent comment mettre en œuvre ces principes, faire face à des risques émergents (comme les risques psychosociaux ou environnementaux) et concilier les performances économiques avec la santé des salariés.
À la croisée du droit, de la médecine, de la psychologie et de la gestion, la santé au travail appelle une approche globale. En s’appuyant sur leur expertise, Emmanuelle Wurtz, magistrate à la Cour de cassation, et Hervé Lanouzière, directeur de l’INTEFP, proposent des solutions concrètes pour les employeurs, représentants du personnel et professionnels de santé, tout en abordant des questions contemporaines telles que l’usure professionnelle et l’inaptitude.
Cet ouvrage de 592 pages s'impose comme un guide essentiel pour décrypter la complexité croissante de la santé au travail et intégrer les évolutions récentes du droit et des pratiques. Une référence incontournable pour repenser la prévention en entreprise et en faire un levier d'amélioration continue.
Découvrez ci-dessous les vidéos de la conférence en format podcast !
Vidéo du Podcast 1 - 1992-2024 plus de 30 ans d'évaluation des risques professionnels
Le titre « 1992-2024 Plus de trente ans d'évaluation des risques professionnels » il fait référence à un document de synthèse lié à une conférence de la DREETS PACA (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités).
Ce support accompagne le Podcast 1 d'une série de conférences enregistrées suite à la parution de l'ouvrage « La santé au travail. Droit et pratique » aux éditions Economica.
Contexte et Résumé du Podcast 1
- Intervenant : Hervé Lanouzière, Directeur de l'INTEFP (Institut National du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle).
- Sujet : Une présentation globale de l'ouvrage et un retour historique sur l'Évaluation des Risques Professionnels (EVRP) en France, s'étalant de 1992 à 2024.
Éléments clés de la synthèse (1992-2024)
L'évolution de l'évaluation des risques au cours de ces trois décennies est marquée par la transition entre des risques traditionnels et l'apparition de nouvelles contraintes :
- L'évolution réglementaire et méthodologique : Depuis l'introduction historique des principes généraux de prévention (découlant d'une directive européenne de 1989 transposée en droit français en 1991/1992) jusqu'aux réformes récentes sur le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). L'évaluation s'est complexifiée pour passer d'une simple approche technique à une approche managériale et organisationnelle.
- L'intégration des risques exogènes (extérieurs à l'entreprise) : * Risques environnementaux : Prise en compte du changement climatique (canicules, ambiances thermiques extrêmes, événements climatiques violents).
- Risques sanitaires et sociétaux : Gestion des épidémies (comme la crise du Covid-19), sédentarité ou encore le vieillissement de la population active.
- L'émergence des « risques nouveaux » liés aux transitions :
- L'essor des emplois verts génère des risques inédits (ex. : risques de chute ou de noyade lors de la maintenance des éoliennes en mer, risques électriques couplés aux chutes lors de l'installation de panneaux photovoltaïques).
- L'analyse démontre la nécessité d'adapter l'évaluation des risques en travaillant très tôt avec les concepteurs des technologies afin d'anticiper le travail futur des opérateurs.
Pour écouter les pistes audio et télécharger le document complet en format PDF, vous pouvez consulter la page officielle de la DREETS PACA.
Vidéo du Podcast 2 - La responsabilité de l’employeur à la une de l’évaluation des risques professionnels. L’angle du juge par Emmanuel Wurtz, Première avocate générale à la Cour de cassation
Ce second podcast, tiré des interventions autour de l'ouvrage « La santé au travail. Droit et pratique » (coécrit avec Hervé Lanouzière), donne la parole à Emmanuelle Wurtz, Première avocate générale à la chambre sociale de la Cour de cassation. Elle y développe l’angle du juge face à l'obligation de sécurité et l'Évaluation des Risques Professionnels (EVRP).
Voici la synthèse et la structure des éléments clés de son intervention :
1. Le triptyque de la responsabilité de l'employeur
Pour le juge, l’évaluation des risques professionnels (EVRP) n'est pas qu'une simple formalité administrative (comme la rédaction du Document Unique). C’est le pivot central autour duquel s'articulent trois blocs de normes qui engagent la responsabilité de l'employeur :
- Le Droit du travail (Finalité préventive) : C'est le cœur du sujet. Le juge vérifie si l'employeur a mis en œuvre les Principes Généraux de Prévention (PGP) inscrits dans le Code du travail (ex: adapter le travail à l'homme, planifier la prévention). L'EVRP doit être dynamique pour s'ajuster aux changements de circonstances (comme l'avènement du télétravail, du flex-office ou des nouvelles technologies).
- Le Droit de la sécurité sociale (Finalité réparatrice) : Ce bloc intervient lorsque le risque s'est réalisé (accident du travail ou maladie professionnelle). Le rôle du juge consiste à analyser l'indemnisation et la reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur si ce dernier avait (ou aurait dû avoir) conscience du danger et n'a pas pris les mesures nécessaires.
- Le Droit pénal (Finalité punitive) : En cas de manquement délibéré aux règles de sécurité ou d'homicide/blessures involontaires, la responsabilité pénale de l'employeur ou de l'entreprise peut être retenue.
2. Le rôle et l'office du juge du travail
Le positionnement jurisprudentiel rappelé par Emmanuelle Wurtz met en avant l'indépendance de l'analyse judiciaire :
- L'autonomie du juge prud'homal : Même si les organismes de Sécurité sociale (comme la CPAM) prennent une décision (reconnaissance ou refus d'une maladie professionnelle), le juge du travail n'est pas automatiquement lié par celle-ci. Il forme sa propre conviction au vu de l'ensemble des éléments et des preuves apportées par les parties (salarié et employeur) pour déterminer si l'inaptitude trouve sa source dans un manquement à l'obligation de sécurité.
- L'inopposabilité : Le fait qu'une décision de la CPAM soit déclarée inopposable à l'employeur pour un vice de forme n'empêche pas le salarié de faire valoir l'origine professionnelle de sa pathologie devant le Conseil de prud'hommes.
3. Les nouveaux défis de la prévention : La sécurité gérée
Emmanuelle Wurtz insiste sur le fait que la jurisprudence pousse l'entreprise à dépasser la simple « sécurité réglée » (l'application passive de consignes techniques et de barèmes textuels). Le juge valorise désormais la « sécurité gérée » : une approche organisationnelle globale où la parole du salarié est écoutée, où l'évaluation intègre les risques émergents (risques psychosociaux, polyexpositions, usure professionnelle) et où la prévention primaire est le véritable levier d'action.
Note : Les podcasts complets de cette conférence sont diffusés par la DREETS PACA dans le cadre de la promotion de la politique de prévention et de santé au travail.
Vidéo du Podcast 3 - Illustration du déplacement des exigences de l’OS : la formation sécurité par Hervé Lanouzière, Directeur INTEFP
Ce podcast, animé par Hervé Lanouzière (Directeur de l'INTEFP), s'inscrit dans une série dédiée à la santé au travail et à la prévention des risques professionnels. Cet épisode traite plus particulièrement d'une illustration concrète du déplacement des exigences de l'obligation de sécurité (OS) de l'employeur, en prenant l'exemple de la formation à la sécurité.
Synthèse des concepts abordés par Hervé Lanouzière :
- Le glissement de l'obligation de sécurité : Historiquement centrée sur une simple logique de conformité technique et réglementaire (la "sécurité réglée" ou de réparation), l'obligation de sécurité de l'employeur évolue vers une obligation d'action concrète et d'évaluation continue (la "sécurité gérée" ou prévention primaire).
- L'enjeu de la formation : La formation à la sécurité ne doit plus être perçue comme une formalité administrative ou une simple transmission de consignes. Elle doit s'intégrer dans une organisation du travail globale où le salarié est acteur de sa propre sécurité et capable de s'adapter aux réalités changeantes du terrain.
- L'approche systémique : Pour assurer une prévention efficace, l'accent est mis sur le fait qu'il est indispensable d'agir simultanément sur trois leviers indissociables : technique, organisationnel et humain. La formation s'inscrit pleinement à l'intersection de ces dimensions.
Pour approfondir ces concepts et écouter l'analyse détaillée de la responsabilité des employeurs, vous pouvez visionner cette intervention complémentaire de l'auteur sur la Conférence Santé au Travail d'Hervé Lanouzière.
Cette vidéo est particulièrement pertinente car Hervé Lanouzière y expose de vive voix sa vision du changement de paradigme dans les entreprises, notamment le passage d'une logique de réparation ou de simple conformité à une véritable culture de prévention primaire et organisationnelle.